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Il existe des instruments à percussion de toutes les formes et de toutes les dimensions.

Cette famille d’instruments de musique est sans doute la plus diversifiée et la plus répandue de notre planète. Dans le texte qui suit, je présente deux groupes d’instruments à percussion et j’explique pourquoi jouer du tambour et des percussions représente autant d’intérêt pour moi.

Tambours sur cadre
Bodhrán sonore et de grande dimension conçu par Glen Velez et REMO pour les techniques de frappe manuelle. Joué de cette manière, ce tambour s’apparente beaucoup aux tambours sur cadre du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord tels que le tar, le duff et le bendir.

Quand j’étais adolescent, mon père a commencé à fabriquer ses propres bodhráns à la maison et à apprendre par lui-même à en jouer. J’étais fasciné par cet instrument et c’est mon père qui m’a enseigné les rudiments du jeu. L’attrait soutenu que j’éprouve toujours pour toute la famille des tambours sur cadre est en partie dû à cette première exposition au bodhrán irlandais.

Les tambours que l’on frappe avec des baguettes sont largement répandus dans de nombreuses régions de l’Europe et des Amériques alors que les percussions à frappe manuelle sont communes à l’ensemble de l’Afrique et du Moyen-Orient et à de vastes régions de l’Asie. La famille des tambours sur cadre est représentée sur tous les continents et dans bien des cas on en joue à mains nues. Ce contact intime avec un instrument, le contact de la main qui frappe sur une peau tendue, est absent du jeu avec les baguettes et c’est l’élément qui attire plusieurs musiciens vers les percussions à frappe manuelle. Ce fut d’ailleurs mon cas. Les tambours sur cadre que l’ont tient près du corps et qui ont une sononorité riche en harmoniques illustrent parfaitement cette qualité d’intimité.

À l’université, je me suis familiarisé avec le jeu et la musique de Glen Velez, percussionniste originaire des États-Unis et spécialiste du tambour sur cadre. Il est reconnu partout comme le chef de file de ce courant d’intérêt pour le tambour sur cadre qui se manifeste actuellement en Amérique du Nord. L’énergie qui caractérise son jeu et la virtuosité dont il fait preuve avec une multitude d’instruments « exotiques » et pourtant simples, tels que le bendir et le riqq, m’ont vivement impressionné. Glen a aussi mis au point une nouvelle façon de jouer du bodhrán caractérisée par la fusion de différentes techniques manuelles qui éveille chez moi une résonance particulière.

En 1993, j’ai participé à un stage à l’Université Simon Fraser (Burnaby, Colombie-Britannique). Glen y était l’un des professeurs, de même que Sal Ferreras et Trichy Sankaran. Ce stage mettait en évidence la diversité qui existe dans la famille des tambours à frappe manuelle et dans la façon d’en jouer. M. Sankaran m’a initié au kanjira du Sud de l’Inde, un des principaux tambours sur cadre. La complexité et la profondeur d’expression de la musique classique carnatique, originaire du Sud de l’Inde, m’ont stupéfait et m’ont convaincu de poursuivre et d’explorer en profondeur les possibilités des tambours sur cadre. Depuis, j’ai continué de prendre des leçons de Glen, à l’occasion, et je me suis aussi rendu à Toronto prendre des leçons avec Trichy Sankaran, et à New York, avec Alessandra Belloni.

Au cours des dix années qui ont suivi ces premiers stages, de nombreux percussionnistes exceptionnels m’ont inspiré. J’ai aussi partagé ma passion pour le jeu de tambour sur cadre avec mes amis et collègues et j’ai donné des concerts et des spectacles avec des artistes tels que Ganesh Anandan, Farhan Sabbagh et Carlo Rizzo. La diversité des tambours sur cadre est illimitée et j’ai acquis la conviction que cette diversité n’a d’égal que la créativité que l’on peut mettre à en jouer.



En frappant le bodhrán avec les deux extrémités de la baguette, on produit le rythme ternaire propre à la musique irlandaise.
En même temps, la main gauche agit sur la membrane pour modifier la hauteur du son.

Quelques termes :

Bendir : tambour sur cadre d’Afrique du Nord, avec parfois plusieurs cordes de boyau tendues contre la peau.

Bodhrán : tambour sur cadre irlandais dont on joue à l’aide d’une baguette courte.

Kanjira : tambour sur cadre du Sud de l’Inde pourvu d’une membrane en peau de lézard et de deux cymbalettes.

Riqq : tambourin originaire du Moyen-Orient pourvu d’une membrane en peau de poisson et de dix paires de cymbalettes.

Tambour sur cadre : tout tambour (généralement recouvert d’une peau à une seule extrémité du fût) dont la profondeur du fût est inférieure à son diamètre.

Percussions japonaises

Cet okedo-daïko vient de Hirosaki, préfecture
d’Aomori, où la fabrication de membranes en
peau de cheval est très répandue, quoique les
tambours qu’on y joue, habituellement plus gros, portent le nom de neputa daïko. On fixe une courroie au tambour afin de pouvoir en frapper les deux extrémités; ce style de jeu, qui s’inspire largement du changgo coréen, a été popularisé par Kodo.

C’est en assistant à une représentation de la troupe Kodo, en 1989, que j’ai découvert les percussions japonaises. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le groupe m’a fait une très forte impression : depuis ce concert, leur musique et leur sens artistique ont eu de profondes répercussions sur ma vie et mon développement musical et ont allumé en moi une fascination pour les percussions japonaises.

Pendant mes études universitaires, je me suis joint à l’ensemble de taïko Arashi Daiko, formé d’amateurs issus de la communauté japonaise de Montréal. Grâce à Arashi Daiko, j’ai eu la possibilité de participer à des stages avec d’autres groupes de taïko nord-américains et avec deux membres de la troupe Kodo, Yoshikazu et Yoko Fujimoto. Ma rencontre avec ces deux artistes et avec le compositeur et interprète canadien de taïko Kiyoshi Nagata, qui est devenu un ami, m’a amené à décider de poursuivre ma formation au Japon.

Jusqu’à ce moment, j’avais été exposé à ce qu’on entend habituellement par les mots taïko ou kumi-daïko et les racines plus anciennes de ce style de percussion moderne m’étaient encore étrangères. Le « style taïko », tel que joué par de nombreux groupes nord-américains et par les ensemble japonais réputés tels que Kodo, Ondekoza, ainsi que par des solistes tels que Eitetsu Hayashi, est pour une bonne part un amalgame d’éléments issus de la musique kagura propre à la tradition shintoïste et d’influences modernes alliant le jazz et la musique contemporaine, le tout fusionné avec une présence scénique influencée tout autant par le kabuki que par des styles populaires.

En 2000, j’ai participé au premier stage Taïko Koh-Kan présenté par la troupe Kodo sur l’île de Sado, au Japon, qui avait pour but d’aider chacun à développer une approche personnelle au jeu de taïko. Cet atelier m’a permis de faire des découvertes. En effet, ce que je considérais pour l’essentiel comme une forme traditionnelle, c’est-à-dire la musique interprétée par Kodo est d’autres ensembles, faisait véritablement partie d’une réalité plus vaste et plus ancienne et il y avait là une matière à explorer en profondeur. La même année, j’ai eu le bonheur de faire la connaissance, à Montréal, du flûtiste Kohei Nishikawa et de participer à un projet qui mariait des éléments de la musique traditionnelle japonaise et de la musique de chambre de tradition euro-américaine. À Tokyo, Kohei Nishikawa m’a présenté à Taichi Ozaki (Kaho Tosha sur scène), interprète de grande renommée et professeur de percussions japonaises de tradition classique. Depuis lors, j’ai eu le plaisir d’aborder avec Kaho-sensei le nagauta (qui occupe une place importante dans le kabuki), des éléments du théâtre nô ainsi que les styles du kagura enraciné dans le milieu rural japonais.

Pour beaucoup de gens, les percussions japonaises évoquent l’image d’un homme en sueur à demi nu frappant sur un tambour aussi gros qu’une fourgonnette, deux énormes mailloches élevées au-dessus de sa tête. Bien que révélatrice de certains aspects du Japon, cette image saisissante est loin de résumer tout ce qu’on peut y découvrir. Dans une bonne mesure, surtout lorsqu’on le compare aux cultures dominées par les traditions occidentales et chrétiennes, le Japon est un pays de tambours (quoique, aujourd’hui, le son du pachinko enterre même celui des tambours). L’énorme variété de cloches, de gongs, de tambours, d’instruments en bois et de cymbales est stupéfiante. Si la musique de nombreux festivals japonais est essentiellement une musique d’extérieur, très énergique et sonore, en revanche les sons propres au nô et au kabuki se classent parmi les plus doux et les plus subtils. De l’intensité la plus effrayante au chuchotement le plus léger : la puissance d’expression qui m’a tellement impressionné lors de ce concert de 1989 demeure entière.

 

Le shimejishi daiko est un instrument hybride mis au point par Kodo et Otodaiku. Pourvu de membranes en peau de bœuf à une extrémité et en peau de cheval à l’autre, ce tambour est le produit d’une fusion entre le shime daïko et le type de tambour utilisé dans les festivals de la préfecture d’Iwate (Photo : Dominique Sicotte)

Quelques termes :

Kabuki : forme de théâtre lyrique très stylisée, autrefois associée à la classe marchande.

Kagura : musique associée aux fêtes shintoïstes.

Kodo : troupe de spectacle et d’arts traditionnels basée au Japon.

Kumi-daïko : grand ensemble de tambours de formes et de tailles différentes; cet assemblage d'instruments est un phénomène né au XXe siècle, tout comme les représentations spectaculaires auxquelles il sert.

Nagauta : « chant long », dont on trouve des exemples dans de nombreuses pièces de kabuki.

: forme de théâtre traditionnel très ancienne autrefois associée à la classe des samouraïs.

Okedo-daïko : " tambour-tonneau " pourvu de deux peaux tendues par des cordes; on accorde le tambour en modifiant la tension des cordes;

Shime-daïko : " tambour sous tension ", dont les membranes sont tendues au moyen d'un laçage de cordes et qui se joue avec des baguettes; le shime-daïko est le plus gros des trois tambours de l'ensemble instrumental hayashi qui accompagne le théâtre nô; dans ce contexte, il porte simplement le nom de taïko.

Taïko : terme qui signifie « tambour »; daïko a le même sens.


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